La navette spatiale Challenger

Après cinq années et vingt-quatre missions réussies, l'avion spatial de la NASA ne passionne déjà plus les foules, mais cette fois, l'intérêt médiatique a été relancé par une passagère, la première représentante de la société civile, Christa McAuliffe, professeur d'histoire dans un lycée du New Hampshire. Mariée, mère de deux enfants, Christa ressemble à la "femme de la rue" que la NASA promet depuis des années d'envoyer en orbite. Il est 11h38 (heure locale) ce 28 janvier. La Floride a oublié sa douceur tropicale pour revêtir son manteau d'hiver. Le directeur du vol a repoussé le décollage de deux heures, pour attendre que la température glaciale remonte un peu sur le pas de tir 39B, de -3°C à 2°C. Enfin, c'est l'allumage. Instantanément, le booster droit a craché une anormale bouffée jaune. Chacune de deux fusées latérales est un pétard rempli de 500 tonnes de poudre explosive, un mélange d'alumine et de butaline, qui vomit des gaz à 3 200°C. A 59 secondes, une flamme surgit du booster et lèche le réservoir central. Haut comme un immeuble de quinze étages (47 mètres) et large de 8,5 mètres, ce gigantesque Thermos renferme deux millions de litres d'oxygène et d'hydrogène refroidis respectivement à -147,2°C et -251°C pour être maintenu à l'état liquide. A 74 secondes, c'est l'explosion. Une grosse boule de feu embrase le ciel. Francis Scoobee, 46 ans, Michael Smith, 38 ans, Judith Resnik, 36 ans, Ronald McNair, 35 ans, Ellison Onizuka, 39 ans, Gregory Jarvis, 41 ans, et Christa McAuliffe, 37 ans, les sept astronautes, sont tués. La plus grave catastrophe de l'histoire spatiale vient de se produire.

Question de survie, l'agence américaine doit comprendre les causes de cette catastrophe, à laquelle les ingénieurs ne voulaient plus croire. Deuxième vaisseau de la flotte spatiale (qui en comptait quatre, avec Colombia, Discovery et Atlantis), Challenger avait effectué neuf missions depuis avril 1983. Ronald Reagan, président des Etats-Unis à l'époque, nomme une commission d'enquête présidée par l'ancien secrétaire d'Etat William Rogers. A ses côtés, siège notamment Neil Armstrong, le héros de la Lune. L'enquête détermine rapidement qu'un joint d'étanchéité n'a pas rempli son office entre deux segments du booster droit. Un joint en caoutchouc synthétique de plus de 3 mètre de diamètre est à l'origine du drame. La pièce s'est rigidifiée à cause du froid et a laissé fuir des gaz brûlants. Le choix du matériau et la conception n'étaient pas satisfaisants, conclut la commission Rogers. Simple défaut technique? Loin s'en faut. Fait accablant : chez Rockwell, le maître d'oeuvre, chez Morton Thiokol, le constructeur des fusées d'appoint, à l'US Air Force et à la Nasa, des ingénieurs connaissaient les risques de brûlure du joint au décollage depuis 1983 ! La pression du calendrier spatial (quinze missions étaient prévues en 1986), celle des médias peuvent expliquer ces négligences.



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